20-04-08 / By Jean-Pierre Charbonneau
La Filière canadienne et Le Piège américain
Le scénario du film Le Piège américain est basé en partie sur des éléments de la nouvelle édition du livre La Filière canadienne, revue et corrigée, publié en 2002 aux Éditions Trait d'union. Mon livre est devenu un grand classique de l'histoire du crime organisé au Québec, sa première version a été éditée en 1975 aux Éditions de l'Homme.
C'est dans la nouvelle édition, celle de 2002, que j'ai fait état des implications possibles, par la bande, entre Lucien Rivard et l'assassinat du président Kennedy.
Vous trouverez ci-dessous l'intégralité des ajouts effectués, qui se trouvent en encadré aux pages 218 à 220 de mon livre.
En espérant que ceci vous aidera dans vos recherches et votre compréhension de toute cette histoire. Il me fera plaisir de vous donner, à chaque semaine, quelques suggestions de lectures qui vous permettront de vous imprégner davantage dans l'univers de la mafia américaine, et de comprendre cette colère du crime organisé , cette haine, envers les Kennedy.
Au printemps 1996, Maurice Philipps, un Québécois passionné par les dessous de l'assassinat de John F. Kennedy publie De Dallas à Montréal - La filière montréalaise dans l'assassinat de JFK (1), où il fait état d'une possible participation du clan Cotroni-Rivard à cette ténébreuse affaire. Dans l'avant-propos du livre, l'auteur explique que c'est grâce aux informations obtenues dans La Filière canadienne qu'il a pu, en 1992, établir des liens déterminants avec différents faits révélés précédemment.
Ainsi, en 1988, le journaliste californien Steve J. Rivele (2) (qui devint plus tard le scénariste du film Nixon d'Oliver Stone, lequel a également produit et réalisé le célèbre film JFK) avait révélé que l'ancien président américain avait été abattu par un trio de tueurs à gages corses dirigés de Mexico par nul autre que ... Paul Mondolini ! Se fondant sur les aveux de deux importants trafiquant d'héroïne français, Christian David et Michel Nicoli, arrêtés en octobre 1972 dans le cadre d'une enquête sur la « Latin Connection », Rivele avait précisé l'identitié des tueurs : il se serait agi de Lucien Sarti, Lucien Boccognani et Sauveur Pironti. Les trois hommes auraient été recrutés par le Marseillais Antoine Guérini pour le compte de deux barons de la Mafia américaine, Carlos Marcello, de la Nouvelle-Orléans, et Santos Trafficante, de Miami, lequel était associé à Mondolini dans le casino Le Sansoucy Club de La Havane. Incidemment, le caïd floridien avait affirmé peu de temps avant l'assassinat de Kennedy que ce dernier serait « frapper ». Marcello, Trafficante et d'autres dirigeants de la Mafia s'étaient juré d'avoir la peau de Fidel Castro parce que celui-ci avait bousillé leurs lucratives combines à Cuba. Ils ont donc collaboré avec la CIA les Cubains Anticastristes réfugiés aux États-Unis. Malheureusement pour eux, après l'échec de l'invasion de la baie des Cochons, Kennedy s'était engagné à ne plus reprendre Cuba pas la force.
Notons, que Guérini, Sarti, Boccgnani, Nicoli et David ont un passé trouble de collaboration avec les services secrets français et américains. Les trafiquants David et Nicoli ont aussi révélé que les tueurs s'étaient installés à Mexico quelques semaines avant l'attentat. Ils sont par la suite passés au Texas où ils ont été pris en charge par un gars de la Mafia de Chicago. À ce propos, plusieurs enquêtes ont prouvé que le patron de la Mafia de cette ville, Sam Giancanna, avait soutenu solidement le clan Kennedy et que, par la suite, il fut « trahi » par le président et ses hommes. Fait à noter, le pègreux Jack Ruby, qui a éliminé Lee Harvey Oswald, l'assassin « officiel » de Kennedy, était en étroite relation avec le monde interlope de Chicago. Quant à Oswald, un agent anticastriste, il n'aurait pas participé à l'assassinat, selon les dire de David et Nicoli.
Les informateurs de Rivele ont également déclaré qu'après l'assassinat les tueurs sont retournés à Marseille via Montréal où ils ont bénéficié de complicités locales. Puis ils auraient été payés en héroïne. En 1978, une étude d'une commission parlementaire spéciale du Congrès américain qui avait conclu qu'au moins deux tireurs avaient fait feu sur le président Kennedy révéla que Jack Ruby s'était rendu à La Havane en 1959 pour acheter la libération de trois individus incarcérés dans une prison de Castro, dont un certain ... Lucien Rivard !
Rappelons que la transaction d'héroïne qui a conduit à l'inculpation du caïd montréalais et de Mondolini a eu lieu à Mexico au moment où les assassins de Kennedy complotaient avec celui-ci. Coïncidence ? demande l'auteur Maurice Philipps, qui souligne dans son livre que la Mafia montréalaise est grandement impliquée depuis longtemps dans le trafic d'immigrants et la fuite de fugitifs à l'étranger.
Par ailleurs, Philipps a mis en évidence deux autres faits liant Montréal à l'assassinat de JFK.
D'abord, un document de la CIA, rendu public en 1977, révéla qu'un autre trafiquant marseillais, Michel-Victor Mertz, associé de Paul Mondolini et ancien capitaine des services secrets français, avait été expulsé de Dallas vers le Mexique ou le Canada, dix-huit heures après l'assassinat. Or, Mertz avait un pied-à-terre à Montréal depuis au moins 1962 et il était en étroite relation avec Christian David, celui à qui Mémé Guérini aurait offert d'abord le contrat d'assassiner Kennedy.
Le second fait porte sur la possible participation d'un truand montréalais à l'asssassinat. Après la diffusion du témoignage du journaliste américain Rivele, Sauveur Pironti, le troisième tueur, présenta un alibi. Dans ses révélations, Michel Nicoli s'était dit incertain de la véritable identité du troisième tueur qu'il avait connu sou le nom de « Le Blanc ». Or, un rapport du FBI, longtemps resté secret et évoqué en 1989 dans un livre incriminant Carlo Marcello dans l'affaire de l'assassinat, indique qu'un Montréalais du nom de Normand Le Blanc aurait été mêlé au complot, notamment avec le mercenaire anticastriste David Ferrie, l'un des acolytes de Lee Harvey Oswald contre Castro. Or, ce personnage était un proche de Giuseppe Cotroni comme le révélait La Filière Canadienne au chapitre XVII.
Extrait de La Filière Canadienne, édition 2002, pp. 218 - 220.
(1) Maurice Philipps, Éditions de l'Homme, Montréal, 1996.
(2) Les révélations de Rivele, fruit d'une longue enquête de quatre ans, ont été présentées publiquement dan un documentaire : Qui a vraiment tué John F. Kennedy ? produit et réalisé par Nigel Turner et diffusé à la BBC. Télé-Québec a plus tard diffusé la version française produite à Montréal.